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De la droite (1/2)

26 Déc

Historiquement, la première expression d’une droite et d’une gauche politique date de la Révolution: au cours du mois d’aout 1789, les « amis du peuple » se regroupent progressivement à gauche de l’hémicycle, quand « ceux qui étaient attachés à la religion et au roi » cantonnent à droite. A l’occasion des débats révolutionnaires, les camps politiques prennent donc l’habitude de distinguer les camps politiques sous les vocables de « droite » et de « gauche ». Mais ce concept évolue avec les événements politiques: les girondins, autrefois placés à gauche, se trouvent déportés à droite. Plus globalement, la pensée libérale de la révolution s’articule autour de la distinction nette de deux phases: une première, la révolution « bourgeoise », que la droite libérale cautionne majoritairement, qui consiste à mettre à bas les privilèges et à instituer le régime d’Assemblée; une seconde, qu’elle réprouve, qui conduit à l’exigence d’une République démocratique et sociale, et aux excès de la Terreur.

Le début du XIXe siècle est marqué par la difficulté pour la difficulté pour la droite de penser cet héritage révolutionnaire. La bourgeoisie libérale, après avoir soutenu l’épisode impérial, qui rétablit en France un ordre public durable et renforce la centralisation de l’État et le système administratif,  porte les revendications d’une monarchie constitutionnelle et parlementaire, en rupture avec le système absolutiste. La révolution de 1830 et l’avènement de la monarchie de Juillet constituent donc pour elle une forme de triomphe politique: le régime de Louis-Philippe en fait la nouvelle élite du Régime. C’est à partir de cette époque que l’on distingue la droite orléaniste, libérale et bourgeoise (symbolisée par la formule de Guizot « Enrichissez-vous par le commerce et par l’épargne), attachée à un certain contrôle du pouvoir exécutif, et la droite bonapartiste.

L’affaire Dreyfus et ses suites vont constituer le principal moment de la clarification du clivage droite-gauche dans le cadre républicain: la gauche se regroupe derrière des figures comme Jaurès ou Clemenceau qui imposent l’union sur une ligne dreyfusarde, puis gagnent avec le Bloc des gauches les élections législatives de 1902. Cette victoire permet la mise en œuvre de la loi de 1901. En face, la droite peine à s’unir de manière aussi significative: les partis de droite ne seront longtemps que des alliances d’élus, à la seule exception de l’Alliance libérale populaire, incarnation de la droite catholique et républicaine (sic). Cette défaite initiale marque profondément la droite française, laquelle attache son nom, sous la IIIe Rép., à deux domaines: d’une part l’engagement militaire, puisque, après la victoire de 1918, les Français élisent la Chambre Bleu-Horizon, au sein de laquelle la droite traditionnelle est ultra majoritaire; d’autre part, la politique financière, avec le franc Poincaré de 1928, qui contribue à donner à la droite une réputation de compétence et de sûreté dans la gestion économique.